Il paraît que j'ai eu le droit à un procès. Mais il dut être expéditif car lorsqu'il eut lieu, j'étais toujours plongée dans un profond coma provoqué par le coup de crosse reçu de l'officier de police qui me fondit dessus comme de la margarine au soleil du Sahara.
Lorsque je me réveillai, j'étais allongée sur un lit d'hôpital reliée à toutes sortes de sondes et d'appareils qui bipaient comme une vieille console vidéo. Au-dessus de moi, me passant un gant humide sur le front, une fille afro-américaine, très jolie, avec des yeux verts translucides, me sourit et me souhaita la bienvenue. C'était Tracy, trente ans, enfermée depuis huit ans pour avoir transpercé son beau-frère avec un fer à cheveux, parce qu'il avait battu sa soeur. Elle fut condamnée à mort mais rattrapée in extremis par une décision abolitionniste de la cour suprême de Californie. Sa peine avait été commuée en prison à perpétuité et depuis elle étudiait le droit et la cuisine. Le droit pour prouver qu'elle avait agi en situation d'assistance à personne en danger de mort et qu'en ce sens, elle devait avoir une réduction de peine. Et la cuisine pour pouvoir y travailler et faire la pluie et le beau temps sur l'ensemble de la prison en distribuant les bons plats et les rations plus ou moins importantes. Ainsi personne ne venait l'emmerder ou lui chercher des noises. Et lorsqu'il lui restait un peu de temps, elle aidait les infirmières car elle l'avait été elle-même au cours de la Guerre du Koweit.
Elle me tendit la tenue orange, celle de la Smith Correctional Facility et elle me fit faire le tour du proprio. Cela fut assez rapide, car la taule était réduite, mais suffisant pour que je me sente oppressée quand je croisais le regard des filles qui se passaient la langue sur la lèvre pour me faire comprendre que j'avais l'air appétissante.
Je fus installée dans une cellule à côté de la salle de gym. Cellule que je dus partager avec Margaret, une ancienne toxico qui en portait tous les stigmates, très maigre, tremblotante et extrêmement irascible. Sans me regarder, elle me désigna le lit du dessous car elle avait toujours eu celui du dessus et qu'elle ne supportait pas les punaises. Et que c'était comme ça et pas autrement, que si je voulais en découdre, elle était prête, elle faisait de la gym tous les jours et elle m'étalerait si besoin, ou m'ouvrirait les veines pendant que je dormirai. Ainsi mise à l'aise, je déposai mes draps sur le matelas plein de taches toutes plus brunes que les autres et je partis dans un coin, à l'opposé de ma coloc afin de ne pas me recevoir un coup de lame de rasoir. Heureusement vint rapidement l'heure de la promenade. Tracy vint à mes côtés pour me présenter les figures des lieux, comment les clans fonctionnaient, quelles étaient les caïds, à coté de qui je pouvais m'asseoir, qui je pouvais fixer dans les yeux. Elle me dit que j'avais de la chance d'être française car en général les nouvelles avaient le droit à un traitement de défaveur avec au choix un passage à tabac ou là tête dans les toilettes jusqu'à l'évanouissement.
Malgré tout quand le couvre feu retentit, que les lumières s'éteignirent, je fus sortie de mon lit, bâillonnée et trainée par les pieds dans la salle de bricolage.
C'était le clan des mexicaines, et elles voulaient savoir qui j'étais, d'où je venais, ce que je voulais, si je n'étais pas un agent fédéral planqué dans le corps d'une petite française venue pour les piéger. Après m'avoir enfoncé assez de pointes sous les ongles pour s'assurer que je n'étais pas une infiltrée, elles me firent goûter une tequila faite d'un cactus de la cour en me demandant si je pouvais faire la mule pour faire entrer du foie gras dans la prison. J'étais française, cela devait être facile pour moi. Elles avaient un plan en provenance de l'extérieur, un truc hors-pair disait-elle. Mais pour le faire passer il fallait une nouvelle, une sainte-n'y-touche. Je me voyais mal, alors que je devais sortir rapidement selon moi, commettre un crime en faisant de la contrebande de foie gras. Je déclinai et partis rejoindre ma cellule et ma coloc adorée. Mais Juanita, l'une des cinq, très mignonne de visage et très balèze physiquement, me fit trébucher avec un croche-patte. Puis elle me souleva de terre et me projeta contre le mur dans un terrible vacarme qui ne fit broncher rien d'autre que mes poumons. Elle m'attrapa par le col et commença à m'étrangler avant de me montrer ses dents comme si elle allait plonger dans mon cou pour m'infliger une morsure ou pire, m'arracher la carotide.
Le lendemain même je me présentai au parloir afin de rencontrer leur passeur, un chicano à capuche et pantacourt baggy d'où il sorti le foie gras, sans emballage ni conserve. Rien qu'à le sentir et vu d'où il l'avait extrait, j'eus un haut le coeur que je réprimai afin de n'éveiller aucun soupçon. Et comme lui, je me l'étalai sur le bas du corps sur plusieurs couches afin de repasser sans être repérée par les vigiles en espérant que l'odeur n'éveillerait pas leur vigilance.
Arrivée devant mes commanditaires, sans attendre que je prononce un seul mot, les mexicaines m'entrainèrent au fin fond de la bibliothèque et loin des regards, elles m'allongèrent, retirèrent le bas de ma tenue, sortirent chacune du pain, un bout de plastique qu'elles utilisèrent pour se servir le foie gras étalé sur le bas de mon corps. Je n'étais pas fière de moi ni en très bonne posture mais c'était le prix à payer pour rester en vie le temps que quelqu'un me sorte de cette taule.

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