La boutique que vous possédez au 20 rue beaurepaire, près de la Place de la République, ne possède pas d'enseigne. Du coup on ne vous voit pas. C'est drôle. C'est une technique importée du Bénélux ?

Ahahaha. Non. La vraie histoire est que... vous souhaitez vraiment connaître la vraie histoire ?

Pas spécialement. Mais puisque nous y sommes.

En fait lorsque nous avons entrepris la construction de cet écrin, nous étions dans une situation économique périlleuse. Le business de mon mari venait de s'effondrer. Il a été pris dans une arnaque monumentale, ceci avec l'aide d'une banque et de gens de la chaussure. Des gens malhonnêtes qui continuent de travailler et possèdent des postes importants. Nous n'avions alors plus un sou devant nous. Le peu d'économies mises de côté a été avalé en quelques mois. Nous avons échappé de justesse à la faillite. Mais heureusement, in extremis, la boutique a pu miraculeusement ouvrir. Mais nous n'avions pu les ressources pour nous faire une belle enseigne Las Vegas Style. Un truc bariolé un peu chic, désuet, vintage. Du coup nous avons décidé de ne rien mettre et d'ouvrir notre boutique Sans Titre.

 

Vous allez même plus loin en offrant une vitrine loin, très loin de l'univers de la chaussure. 

Tant qu'à faire, je trouvais cela plus intéressant de détourner tout à fait l'idée pour affirmer notre envie de proposer un autre univers. Le Rock&Roll Circus.

Du coup elles vous trouvent facilement vos clientes ?

Celles qui font attention, qui regardent attentivement à quel numéro elles se trouvent. Celle qui regardent à travers la vitrine, oui.  Celles un peu plus rêveuses s'y prennent à deux fois. Parfois 3, parfois 4. Parfois elles repartent même et m'écrivent un mail depuis chez elles.

 

Et elles ne vous en veulent pas ?

J'espère pas. Ce n'est pas fait en ce sens en tout cas. Nous avons juste voulu conserver notre boutique anonyme et ne pas défigurer la rue déjà pleine d'enseignes.

 

C'est ce qui est génial avec vous Patricia, il y a toute cette confidentialité qui entoure votre marque. On rentre dans votre boutique comme l'on pénètre un peu comme dans un  speakeasy. C'est tout bonnement fascinant.

Je suis heureuse de savoir que l'on peut éprouver autant de plaisir à déguster un cocktail qu'à passer mes chaussures. Mais ce n'est pas vraiment l'idée. L'idée c'est de se faire plaisir. Et de s'offrir des chaussures comme l'on s'offrirait des bijoux.


Propos recueillis par Wim Fassbender pour Der Spiegel©