Le 12 juin 1981 sortait Les Aventuriers de l'Arche perdue. Et depuis quarante-cinq ans, Harrison Ford court partout avec le même air fatigué que moi quand une cliente m'écrit un dimanche à deux heures du matin pour me demander si un 38 chausse comme un 38. C'est peut-être ça, au fond, le vrai génie de Spielberg. Avoir compris que les héros ne sont pas des surhommes. Ce sont des gens qui improvisent très fort tout en faisant semblant de savoir où ils vont.
Indiana Jones passe son temps à se tromper, à se faire tabasser, à perdre son chapeau, à courir devant des rochers géants et à embrasser Karen Allen au moment où il faudrait appeler les urgences. Et pourtant il reste irrésistible. Parce qu'il a quelque chose que le monde moderne a presque entièrement perdu : le panache. Le panache. J'adore ce mot. Il est un peu désuet, semble sortir d'un film de Jean Renoir. Ou peut-être Philippe de Broca. Spielberg, Lucas, Ford, Karen Allen avaient compris qu'une aventure n'est jamais une affaire de perfection. Une aventure, c'est une affaire de désir. De curiosité. D'élan. De cette petite voix qui vous pousse à ouvrir une porte alors que tout indique qu'il faudrait la laisser fermée.
C'est probablement pour cela que j'ai toujours aimé ce film. Parce qu'il raconte la même chose que nous racontons modestement depuis des années. La quête d'un trésor disparu. Chez Indiana Jones, c'était l'Arche d'Alliance. Chez nous, c'est la féminité. Pas la féminité fabriquée par les cabinets de tendances. Pas celle produite par des algorithmes californiens qui habillent désormais les femmes comme des applications de gestion de patrimoine. Non. Je parle de cette féminité joueuse, libre, insolente, un peu dangereuse, qui a toujours préféré les itinéraires bis aux autoroutes. Celle qui porte des couleurs quand tout le monde se vautre dans le neutre. Celle qui choisit de s'amuser alors qu'on lui explique qu'il faudrait être raisonnable. Celle qui refuse de ressembler à la voisine, à sa collègue ou à cette influenceuse qui ressemble déjà à quinze autres influenceuses.
Et justement, puisque nous parlons d'aventures, je peux désormais révéler une information confidentielle. Il y a quelques semaines, Disney nous a contactés. Oui. Disney. La firme aux grandes oreilles. Je n'ai pas le droit de révéler le nom de mon interlocuteur mais disons simplement qu'il possède une barbe blanche, quelques Oscars et probablement quelques extraterrestres cachés dans son jardin. L'objet de son appel était simple. La prochaine aventurière du cinéma devait être chaussée dignement. Car oui, les producteurs travaillent désormais sur une nouvelle héroïne. Une femme. Une vraie. Pas un personnage écrit par un comité marketing nourri aux boissons énergétiques de Squeezie et aux tableaux Excel. Une femme brillante, drôle, imprévisible, capable de traverser un désert, d'échapper à des mercenaires, de séduire un archéologue et de lui expliquer ensuite pourquoi il a tort sur absolument tout. Nous avons immédiatement envoyé quelques propositions. Je ne peux pas vous montrer les croquis. Spielberg est très susceptible. Mais je peux vous dire que la future aventurière sera au moins aussi élégante qu'Indiana Jones.
Et pourtant. Malgré le cuir usé, malgré les serpents, malgré les nazis, malgré les pièges mortels, malgré les momies, ce film continue de nous parler aujourd'hui. Parce qu'il nous rappelle quelque chose d'essentiel. Les trésors existent encore. Ils sont simplement plus difficiles à débusquer. Ils se cachent parfois dans la surprise d'une amie. Dans une allure. Dans un éclat de couleur. Dans ce miracle qui transforme une silhouette ordinaire en feu d'artifices. Alors si vous croisez une aventurière de la grolle ces prochains jours, ouvrez l'œil. Elle est probablement en mission. Celle de propager la bonne parole. Portez des Patricia, et vous ne serez plus jamais la même. Portez des Patricia, et vous serez enfin vous-même. Désolée pour cette redondance mais j'avais envie de faire ma Séguélette.