Le 19 mai 1974, la France élisait Valéry Giscard d'Estaing. Un homme qui jouait de l’accordéon, invitait des éboueurs à déjeuner et incarnait la modernité suprême d’une époque où les gens trouvaient futuriste une télévision couleur avec une télécommande reliée par un câble épais comme une merguez. 1974, c’était formidable. Les hommes fumaient dans les maternités. Les enfants voyageaient sans ceinture à l’arrière des voitures. Et tout le monde trouvait normal qu’un cendrier soit posé à côté de la purée Mousline.
Ceci étant dit, la France avançait quand même : Majorité à 18 ans. IVG. Divorce par consentement mutuel. Comme quoi, même dans un pays où la moquette orange dominait les débats esthétiques, il arrivait que le progrès se glisse discrètement entre deux verres de Suze. 1974 rêvait du futur. En 2026, nous avons remplacé Giscard par des gens qui parlent de « retour à l’ordre » avec des têtes de surveillants de cantine ayant surpris un trafic de compote.
La modernité a disparu. Aujourd’hui, tout le monde veut « rassurer ». Rassurer sur l’immigration. Rassurer sur les jeunes. Rassurer sur le gluten. Bientôt un candidat proposera probablement un couvre-feu après 21h pour les femmes portant du léopard. 1974 rêvait du futur. 2026 rêve du néolithique. Et pendant ce temps-là, les femmes continuent d’avancer plus vite que tout le reste.
Avant, on leur expliquait comment tenir un foyer. Aujourd’hui, on leur explique comment tenir un « personal branding » sur Instagram tout en ayant des abdos visibles et une peau « glowy ». L’oppression change simplement de typo. Chez Patricia Blanchet, on préfère encore les femmes qui ressemblent à un problème. Celles qui rient bruyamment comme d’autres klaxonnent. Celles qui courent comme si elles allaient quitter un dîner de merde sans dire au revoir.
Celles qui comprennent qu’une paire de chaussures peut parfois faire plus pour le moral qu’un podcast animé par un homme qui dit « alignement » toutes les onze secondes. Le 19 mai 1974, la France pensait entrer dans le futur. En 2026, elle hésite encore entre l’effondrement, le développement personnel et une soupe détox à 14 euros. Heureusement, il nous reste le droit de n'en avoir rien à foutre et de nous concentrer sur notre plaisir pur. De là découlera notre capacité à émerveiller le monde avec notre bonheur.