Il existe encore des gens qui voient un week-end de quatre jours comme une opportunité de “rattraper du retard”. Des psychopathes. Des êtres capables de faire du gainage un jeudi matin de mai pendant que les oiseaux chantent et que le monde entier sent la crème solaire et la brioche tiède. Nous non. Nous avons décidé de célébrer la plus grande invention sociale depuis le beurre demi-sel : ne rien foutre. Enfin. Dormir jusqu’à avoir des plis de drap imprimés sur la gueule. Traîner en pyjama à midi comme une aristocrate ruinée. Regarder le plafond avec l’intensité d’un philosophe grec sous anxiolytiques.
Parce qu’il faut le dire : on nous a transformés en grille-pains humains. Toujours optimiser. Toujours courir. Le cardio. Les mails. Les légumes vapeur. Les musées obligatoires. Les podcasts qui expliquent comment devenir une meilleure version de soi-même alors qu’on n’a déjà pas la force d’être la version actuelle. Eh bien non. Ce week-end, vous avez le droit à faire l’amour à 15h42 sans raison particulière. Rester au lit après. Commander des pâtes. Refaire le monde entre deux fraises trop mûres et un pichet de vin blanc.
Et franchement, quelle victoire politique plus magnifique que de disparaître quelques jours du grand cirque du rendement ? Ne plus produire. Ne plus performer. Ne plus maximiser son potentiel. Cette expression seule donne envie de s’allonger sur un tapis et de regarder un ventilateur tourner pendant six heures. Le corps humain n’a pas été conçu pour répondre à des notifications Slack en mangeant des amandes bio dans un Uber. Il a été conçu pour lézarder. Pour embrasser des nuques. Pour exploser de rire. Imploser dans un coit. Pour somnoler au soleil comme un acteur italien des années 70.
Alors oui, profitez. Sortez si vous voulez. Ou surtout ne sortez pas. Regardez des films idiots. Netflix en est la plateforme revendiquée. Mangez des trucs qui tachent. Laissez les sportifs courir autour du canal avec leurs montres connectées et leurs mollets pleins veines dégueulasses. Vous, vous avez mieux à faire : exister lentement. Respirer. Écouter quelqu’un rire dans la pièce d’à côté. Sentir des draps frais contre ses jambes. Le monde moderne déteste ça. Le monde moderne veut des gens tendus, rentables et géolocalisables. Quel bonheur de devenir momentanément introuvable.
Et puis au fond, la vérité est là : nous sommes des animaux élégants en sursis. On fait semblant d’avoir des agendas alors qu’on avance tous doucement vers le grand trou final comme des personnages secondaires dans un film de Marco Ferreri. Donc autant transformer l’attente en fête molle et délicieuse. Autant ralentir. Autant s’aimer un peu. Immensément. Autant rester au lit avec quelqu’un qu’on désire encore. Ou seule. Ce qui est parfois un luxe supérieur. Paisiblement. Sans objectif. Sans challenge. Et évidemment, très bien chaussée. Parce que - on ne sait jamais - une amie peut vous appeler pour aller déguster une sangria ou pour découvrir un nouveau bar à tapas.