Le printemps est une drogue douce avec une date de péremption toujours trop proche. Nous sommes le 22 mai. Autrement dit : il reste à peine un mois avant que l’été ne transforme tout le monde en chipo émotionnelle suintant dans des trains sans clim. Après quoi viendront septembre, les gens qui “reprennent le sport”, les pulls couleur vomi d'avoine et cette immense dépression nationale parfumée à la soupe aux poireaux. La soupe aux poireaux étant probablement ce que l’humanité a inventé de plus proche d’un coït avec Gérard Larcher. Donc il faut vivre dès à présent.
Et vivre maintenant commence très exactement par une paire de Patricia Blanchet. Parce que franchement, regardez la Sunny Day. Regardez la A-Ha. Regardez la Nobakav. Ce ne sont pas des chaussures. Ce sont des bénédictions. Des objets fabriqués pour provoquer des attentes, de bonnes décisions et des nuits qui finissent très tard. La Sunny Day donne envie de quitter quelqu’un par texto depuis une terrasse à Naples. La A-Ha ressemble à une femme qui sait parfaitement qu’elle a une mauvaise idée en tête et qui avance quand même vers son destin plein de moiteur. Nobakav, c’est ce qui se passe quand le glamour décide soudainement de boire des Spritz avec le chaos.
Le problème aujourd’hui, c’est que tout pousse les gens à devenir ternes. Productifs. Optimisés. Hydratés. Des espèces de robots ennuyeux capables de parler quarante minutes de leur sommeil paradoxal ou de leur air fryer. Plus personne ne veut brûler. Plus personne ne veut séduire. On veut gérer son énergie. Quelle phrase sinistre. On dirait un conseil donné juste avant l’euthanasie. Alors que le printemps, lui, veut exactement l’inverse. Le printemps veut du flirt inutile. Des messages envoyés à 1h14 qu’on regrettera légèrement. Des corps qui recommencent à exister. Des gens qui s’embrassent longuement. Des terrasses pleines de décisions catastrophiquement délicieuses.
Le printemps est la dernière saison où l’être humain croit encore qu’il peut devenir Batman avant de finir en short beige à comparer des devis de pompe à chaleur. Et c’est là que j'interviens. Parce qu’il faut être honnête : on ne conquiert pas sa vie en ressemblant à un tutoriel LinkedIn. Il faut être, soi-même, un tourbillon de sensualité. Il vous faut du cuir. Du verni. Une Patricia Blanchet, ce n’est pas une chaussure. C’est une arme de distraction massive avec un talon raisonnable. Ce que vous n'êtes pas. La raison c'est bon pour les moines, ou celles qui ont besoin d'aller en rehab. Soyons claires. Je dis cela en toute décontraction car personnellement je pense avoir besoin d'une rehab éternelle tant je ne me sens absolument pas adaptée à ce monde. Parenthèse close.
Dans un mois, l’été commencera à tout assécher. Les désirs. Les cerveaux. Les conversations. Les gens feront leurs stories pathétiques avec leurs verres de rosé au bord de piscines remplies de pipi. Puis viendra l’automne et ses légumes tristes mais pleins de vitamines et d'espoir pour des lendemains qui chantent. Donc, mes biens chères soeurs, sortez, vivez, dansez, hurlez, mordez, élevez-vous, manifestez, engrangez de l'amour, de l'art, de la passion, de l'énergie, des bisous et des câlins. Ne soyez jamais rassasiées de tout ce qui vous fait du bien. Étreignez, et maintenant éteignez internet car vous savez tout ce qu'il faut savoir.